Thématique 2019

Murins de Daubenton en chasse au-dessus d'un plan d'eau - Photo de Laurent Arthur

Le régime alimentaire des chauves-souris

Cette année, le thème proposé pour la 23ème Nuit Internationale de la Chauve-souris est celui du régime alimentaire. Nous vous invitons ainsi à découvrir la diversité des régimes alimentaires chez les chauves-souris, mais aussi à vous interroger sur comment nos pratiques influent sur la disponibilité de la nourriture pour ces petits mammifères.

Les chauves-souris europénnes consomment quasi exclusivement des insectes et des araignées. Mais à travers le monde entier, la grande diversité d’espèces au sein des chauves-souris se traduit également par des mœurs différentes : ainsi, on observe des espèces piscivores, carnivores, nectarivores, frugivores, omnivores ainsi que les célèbres hématophages – des chauves-souris « vampires » qui se nourrissent de sang. Mais pas de panique, ces chauves-souris ne se rencontrent pas dans nos contrées, et en outre elles ne prélèvent que quelques millilitres de sang, sur du bétail ou des oiseaux. 

En Europe donc, les chauves-souris sont insectivores et cela nous arrange bien ! Par exemple, les pipistrelles, espèces très communes, peuvent consommer jusqu’à 8 000 moustiques par mois. De quoi donner envie d’en accueillir chez soi non ? Un des moyens d’action pour favoriser la présence de chauves-souris serait de repenser nos pratiques de jardinage. Ainsi, un jardin « au naturel » sera favorable à la biodiversité et donc aux chauves-souris. Les entretiens espacés de la pelouse et des arbres laisseront aux différents habitants du jardin le temps d’accomplir leur cycle de vie. L’usage des pesticides doit être limité, voire proscrit, et on pourra alors adopter des techniques de jardinage écologique. Le choix d’espèces locales pour le jardin (plantes, buissons et arbres) sera également favorable aux insectes et aux Chiroptères. Pour en apprendre plus sur les solutions à mettre en œuvre pour accueillir des chauves-souris dans le bâti et les jardins, rejoignez notre réseau de propriétaires de « Refuge pour les chauves-souris ».

S’il est si important de repenser nos pratiques, c’est car la régression des chauves-souris en France est principalement due à la dégradation de la ressource alimentaire (les insectes), affectée par l’utilisation massive de pesticides et l’uniformisation des paysages (disparition des haies, destruction des zones humides…). Il faut agir tant qu’il est encore temps pour préserver notre biodiversité et la richesse de nos milieux - et pourquoi pas s’allier avec les chauves-souris ? En arboriculture par exemple, les chauves-souris sont reconnues comme de véritables auxiliaires de cultures, leur présence permettant de limiter voire stopper l’utilisation de pesticides.

Malheureusement, tous les acteurs du monde agricole ne perçoivent pas les chauves-souris comme des alliées potentielles. Ainsi la Roussette noire, espèce endémique de l’archipel des Mascareignes (Rodrigues, Maurice et La Réunion) est accusée par les producteurs de fruits de l’île Maurice de détruire les cultures. En réponse, le Gouvernement Mauricien a validé l’abattage massif de près de 70% de la population entre 2015 et 2018, alors même que la disparition de cette espèce de l’île Maurice pourrait conduire à son extinction définitive et que sa responsabilité dans les pertes agricoles est questionnée*. Ce conflit montre encore une fois l’importance de continuer à étudier les chauves-souris pour mieux les connaître et les protéger sur tout notre territoire.

* Voir « L’Envol des Chiros » n°26 – avril 2019. SFEPM.

Fanny PAPERIN et Dominique SOLOMAS - Chargées de mission à la SFEPM