Thématique 2016

Photo de Laurent Arthur

Les chauves-souris et l'agriculture 

Quel lien entre les chauves-souris et l'agriculture ?
 

A première vue, le lien n'est pas évident. Et pourtant, ces animaux discrets sont omniprésents dans nos campagnes qui leur procurent le gîte et le couvert.

En journée, les bâtiments des fermes et des villages offrent un abri pour quelques animaux isolés à plusieurs centaines d'individus regroupés en colonie. Les chauves-souris peuvent occuper les combles, caves, sous-toitures, cabanons, l'espace entre une façade et un volet ouvert... Elles s'accommodent également volontiers d'une colocation avec le bétail à l'étable.

La nuit, les chauves-souris partent chasser pour se nourrir. Les 35 espèces présentes en France sont toutes insectivores, elles consomment en quantité diptères (mouches), lépidoptères (papillons), coléoptères, araignées, orthoptères, etc. dont certains occasionnent des dégâts importants en agriculture. Certaines chauves-souris consomment également les insectes coprophages qui se développent dans les bouses et le crottin et sont donc intimement liées à la présence du bétail.

Par ailleurs, l'agriculture façonne les paysages : le maillage de haies, les bosquets, les pâtures, les mares et les étangs créent une mosaïque de milieux favorables à la biodiversité et aux chauves-souris. Les haies, les arbres isolés et les lisières forestières sont des éléments structurants du paysage qui constituent à la fois des terrains de chasse et des « routes de vol » pour se déplacer. Les populations de chauves-souris ont fortement souffert des grands bouleversements dans les pratiques agricoles d'après-guerre : le remembrement (provoquant l'arrachage des haies, de bois), l'utilisation généralisée des pesticides, les monocultures, etc. 

 

La chauve-souris, une alliée précieuse des agriculteurs

De plus en plus d'études démontrent leur rôle en tant qu'auxiliaire des cultures. En effet, parmi leurs proies, on compte plusieurs espèces de ravageurs majeurs en agriculture et ceux-ci peuvent représenter ponctuellement jusqu’à 80% du régime alimentaire de certaines espèces de chauves-souris.

Une étude réalisée récemment en Espagne a démontré le rôle de régulation de la Pipistrelle pygmée sur la Pyrale du riz, petit papillon nocturne qui provoque des dégâts importants en riziculture. Pendant 10 ans, de nombreux nichoirs artificiels destinés aux pipistrelles ont été disposés dans les rizicultures du delta de l'Ebre : l'installation de colonies de chauves-souris a entraîné une diminution des populations de la Pyrale du riz, ce qui a permis de minimiser, et même d'éviter, l’utilisation de pesticides sur certaines rizières !

En France, les travaux du CTIFL ont montré, grâce à l'analyse du guano, que les pipistrelles consomment certains ravageurs comme la Cicadelle pruineuse, la Mouche de l’olive, le Carpocapse de la pomme et la Tordeuse orientale.

Ces études montrent tout l'intérêt de préserver les chauves-souris au regard des services écologiques rendus pour la production agricole.

Tout porte à croire que la chauve-souris est un animal dont l'utilité dans la régulation des insectes ravageurs est encore largement sous-estimée. Une large communication de ces résultats d'étude pourrait bien faire basculer la vision populaire habituellement assez négative de cet animal. Il n'est plus temps de les placarder aux portes mais bien de tout mettre en œuvre pour que nos campagnes restent ou redeviennent hospitalières aux chauves-souris.

 

Blandine Carré

Groupe Chiroptères Languedoc-Roussillon