Focus sur la chauve-souris de l'année 2016 ...

Noctule commune - Photo de Laurent Arthur

La Noctule commune (Nyctalus noctula)

Avec ses 45 cm d'envergure, la Noctule commune (Nyctalus noctula) (Schreber 1774) fait partie des grandes espèces européennes. Elle couvre presque tout le continent et s'étend jusqu’en Chine. Initialement forestière et arboricole elle s’est particulièrement bien adaptée à la vie urbaine, où elle s'installe sous les corniches des immeubles ou des ponts. 

Le soir, la Noctule commune quitte son gîte quand le ciel est encore clair. Elle exploite une grande diversité de territoires qu’elle survole le plus souvent à haute altitude. Elle chasse habituellement dans un rayon de 10 km autour de son gîte, capturant et consommant les insectes en vol. 

C'est une migratrice saisonnière capable de parcourir plus de 1 000 km. Ce sont les femelles qui partent de mi-mars à mi-avril vers la Russie et les Pays baltes et il n'est connu en France que quelques rares sites de mise-bas. Une fois les jeunes élevés, les nurseries se dispersent sur des axes semi rayonnants, et les groupes se retrouvent rapidement éloignés les uns des autres pour la migration du retour. Elles arriveront dans nos régions en début d'automne pour les accouplements. On peut alors entendre leurs cris puissants qui ressemblent aux stridulations des sauterelles. Après les pariades, mâles et femelles hiberneront dans une cavité d'arbre ou sous un disjointement de béton.

La Noctule commune a une espérance de vie très courte, estimée à 2,2 ans, et seuls quelques individus ont atteint l’âge de neuf ans. Depuis quelques décennies la rénovation des immeubles pour économiser l'énergie, puis le tubage des cheminées perturbe l’équilibre des populations. Mais ce sont les éoliennes industrielles qui représentent actuellement la plus grande menace pour cette espèce.

Le bout des pales d'une éolienne industrielle tourne en effet par vent fort à plus de 200 km/h. Malheur à la Noctule qui passe à portée, elle sera coupée ou tuée net par la différence de pression de l’air autour des pales. On ne parle pas ici de quelques cas isolés, mais bien de milliers d’animaux fauchés annuellement à travers l'Europe, que ce soit en transit, en chasse, ou en migration. Et que dire de cette sorte de roulette russe bisannuelle pour les femelles qui entament leur transhumance de près de 1 000 kilomètres en traversant les centaines de parcs éoliens. Le résultat est que l'espèce représente 14% des cas de mortalité découverts en Europe sous les aérogénérateurs, et c'est la seconde espèce impactée par cette industrie, après les pipistrelles.

Pourtant on sait maintenant où il ne faudrait pas installer les éoliennes : les massifs forestiers et leurs lisières, les cols, ainsi que les vallées fluviales. On sait aussi limiter de manière significative le nombre d’animaux tués en régulant les machines aux saisons et aux heures les plus critiques. Alors que les aérogénérateurs ont quadruplé leurs capacités énergétiques, la perte de production pour arriver à tuer beaucoup moins de chauves-souris est estimée en fonction du régime des vents entre 0,05 et 3%. Mais si on sait diminuer la mortalité, dans un même temps, on multiplie les éoliennes et 500 nouvelles sont implantées annuellement en France. Même avec une mortalité dite "résiduelle", l’incidence globale sur cette espèce reste trop lourde et c’est bien l’impact global du nombre de mâts qui commence à compromettre la survie de l'espèce. Le bridage systématique des éoliennes est donc maintenant perçu par les spécialistes des chauves-souris comme une indispensable nécessité, même si l'on sait qu'il ne sera sans doute pas suffisant. Quant à une compensation, elle n'a guère de signification quand on parle de la disparition d'une espèce. 

Les plans d’actions pour sauver une espèce quasiment menacée de disparition coûtent très cher. Agir aujourd’hui permettrait d’éviter de payer bien plus demain. Les spécialistes suivent donc avec une extrême attention les résultats des suivis de mortalité, obligatoires sur les nouveaux parcs, ainsi que les courbes démographiques des Noctules en espérant que ces moulins à vent modernes, sources d’énergie renouvelable dite « verte », puisse mouliner de moins en moins de chauves-souris.

Laurent Arthur